les forces de sécurité birmanes ont lancé, aux premières heures de jeudi 27 septembre, des opérations à l'intérieur de plusieurs monastères du pays et arrêté des centaines de moines bouddhistes impliqués dans les manifestations contre la dictature militaire, ont rapporté des témoins.
Au moins 200 bonzes, accusés de coordonner les manifestations, ont été arrêtés lors de coups de filet menés avant l'aube par des militaires dans deux monastères de la Rangoun, la plus grande ville du pays.
Dans le nord-est du pays, où de grandes manifestations anti-gouvernementales ont également eu lieu ces derniers jours, l'armée a lancé des raids contre au moins deux monastères. Selon des témoins, environ 500 moines ont été arrêtés au monastère de Mogaung et 150 autres au monastère de Ngwe Kyaryan. "Seuls deux ou trois moines malades ont été laissés sur place", a déclaré une personne vivant près du monastère de Ngwe Kyaryan.
De plus, la police a arrêté deux responsables de la Ligue nationale pour la démocratie (LND, opposition), a déclaré le porte-parole du parti.
DES BARRAGES ÉRIGÉS CONTRE LES MANIFESTATIONS
D'autre part, l'armée et la police érigeaient, jeudi, des barrages routiers aux grands carrefours, dans le centre de Rangoun, pour faire barrage à de nouvelles manifestations, ont rapporté des témoins. Selon eux, sept véhicules de pompiers, équipés de canons à eau pouvant servir contre la foule, ont pris position près de la pagode de Sule, qui a servi de point de dispersion de plusieurs grandes manifestations.
La dictature militaire a reconnu, par ailleurs, jeudi, qu'un manifestant avait été tué et que trois autres avaient été blessés dans la répression des manifestations par l'armée mercredi à Rangoun. Les dirigeants des manifestations parlent d'au moins cinq moines tués. Les médias officiels ont rapporté que deux policiers avaient également été blessés dans les charges de mercredi contre les manifestants qui défiaient les tirs de sommation, les gaz lacrymogènes et les matraques. Des témoins ont parlé de 100 000 manifestants qui ont bravé mercredi les matraques et les gaz lacrymogènes dans les rues du centre de Rangoun.
Des stations de radio étrangères émettant en langue birmane ont appelé les moines à ne pas céder face à la junte. "Nous appelons les moines à poursuivre la lutte pacifiquement", a déclaré un exilé sur le service birman de la BBC. "Cinq moines ont sacrifié leur vie pour notre religion."
VISITE D'UN ÉMISSAIRE DE L'ONU ?
Ces coups de force laissent penser que la junte au pouvoir ne changera pas de cap, grâce à l'appui de la Chine et malgré les protestations de la communauté internationale.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a pressé, mercredi soir, la junte birmane d'autoriser la visite d'un émissaire de l'ONU sur place, mais la Chine, qui dispose d'un droit de veto, a rejeté d'entrée de jeu l'idée de sanctions ou d'une condamnation du recours à la force par la junte face aux manifestants. Les quinze membres du Conseil n'ont, par conséquent, pas publié de communiqué officiel de condamnation de la répression, comme l'ont fait individuellement les Etats-Unis ou les Européens. Les Etats-Unis et l'Union européenne avaient demandé au Conseil de sécurité d'envisager des sanctions contre la dictature et exigé que la junte engage le dialogue avec Aung San Suu Kyi et les minorités ethniques du pays.
Au terme d'une réunion extraordinaire sur l'ex-Birmanie, les membres du Conseil de sécurité "ont exprimé leur inquiétude face à la situation et ont appelé à la retenue, notamment de la part du gouvernement du Myanmar" [Birmanie], a déclaré l'ambassadeur de France à l'ONU, Jean-Maurice Ripert, président du Conseil de sécurité pour ce mois-ci. "Ils [les membres du Conseil] ont salué la décision du secrétaire général de dépêcher d'urgence son émissaire spécial dans la région et soulignent l'importance de voir M. Ibrahim Gambari reçu dès que possible par les autorités du Myanmar", a ajouté l'ambassadeur de France.
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a déclaré qu'Ibrahim Gambari, sous-secrétaire général et émissaire spécial pour la Birmanie, partirait sans attendre pour la région et attendrait que la junte lui permette d'entrer dans le pays.